Transverses
Site d'information sur les enjeux de l'élevage et du pastoralisme en Afrique de l’Ouest et du Centre
Resource hub on the challenges of livestock breeding and pastoralism in Western and Central Africa
© photo : Gilles Coulon/Tendance Floue
Nigeria : sauver le secteur du bétail, analyse.
« La création des ranchs avec des infrastructures nécessaires est la solution aux affrontements incessants entre éleveurs et agriculteurs. » C′est là l’une des recommandations faites par la commission constituée par le gouvernement fédéral et présidée par le vice-président Yemi Osinbajo en vue de trouver une solution à la crise entre les deux acteurs principaux du secteur agricole. Conformément à cette recommandation, le gouvernement nigérian envisage de mettre un terme à la mobilité du bétail sur l’ensemble de son territoire. Certains États comme l’État d’Ekiti dans le Sud-Ouest appliquent déjà cette mesure. Le gouvernement de son côté a déjà débloqué des milliards de dollars pour l’établissement de ranchs dans dix des 36 États de la fédération nigériane. De plus, le gouvernement nigérian a introduit un projet de loi au parlement en vue de légaliser l’établissement des ranchs et bannir la mobilité des bergers. Mais des experts estiment que la démarche du gouvernement nigérian va dans l’avenir nuire au secteur du bétail au Nigeria. Pour eux, c’est même un danger.
Coïncidence ou hasard ? L’atelier d’information et de sensibilisation sur la transhumance transfrontalière et le commerce de bétail en Afrique de l’Ouest, co-organisé par Acting For Life et le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel, est sans doute une mise en garde pour le gouvernement de Muhammadu Buhari. Au cours de cet atelier organisé à Lomé, la capitale togolaise, Samba Djiby Diallo, un des formateurs, a été clair : « la mobilité du bétail est essentielle pour la production animale… » Abondant dans le même sens, Christian Corniaux, du Cirad, estime qu’« aucun pays côtier n’est capable de produire, sur le mode de ranching, suffisamment d’animaux pour sa consommation. »
Présentement, le Nigeria produit 19,4 millions de bovins, 40,5 millions d’ovins et 71 millions de caprins. À en croire les experts et formateurs à cet atelier, ces chiffres, au lieu de prendre l’ascenseur, connaîtront une chute libre si le géant d’Afrique interdit la transhumance sur son territoire. Ils accordent tous leurs violons sur le fait qu’« interdire la transhumance dans un pays, c’est tuer l’élevage ». Cependant, Christian Corniaux assouplit sa position quand il déclare « Dans les zones de conflits on peut conserver les ranchs et dans les autres zones, on peut continuer de garder la mobilité du bétail tout en sécurisant les zones de passages. » Il va sans dire que le Nigeria, qui a déjà interdit l’importation de la viande rouge, est en train d’amorcer un virage très dangereux. Pourtant, le pays a du mal à satisfaire la demande de sa population en viande. Et pour cause, pendant chaque fête de tabaski, voire les fêtes de fin d’année, le pays le plus peuplé d’Afrique importe du bétail pour faire face à la forte demande des Nigérians pendant ces périodes. Donc, si les autorités d’Abuja ne reviennent pas sur leur décision en continuant d’autoriser la mobilité du bétail, le Nigeria deviendra dans un avenir très proche le plus grand importateur de bétail en Afrique. Ce qui serait dommage pour un pays qui veut faire de l’agriculture le poumon de son économie.